Histoire du Château … et du village

La Seigneurie et le château de Vregille

– par Laurent de Vregille –

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Cinq familles se sont succédées à Vregille depuis le XIe siècle, terre et seigneurie relevant toujours des Comtes de Bourgogne, puis du Roi de France.

Dans un acte de 1197 est mentionné un Guillaume de Vregille, Chevalier. Dans un acte de 1272 est nommé Richard, fils de Guy de Vregille. Ce dernier était croisé et fut tué devant Tunis.

En 1287, Richard de Vregille est un seigneur important, appelé par le Comte de Bourgogne à apposer son sceau sur des actes. Il laisse deux fils, Guillaume et Pierre, qui se partagent le domaine de Vregille.

A cette époque, le château féodal se dressait sur les bords de la rivière l’Ognon, en face de Sauvagney, et commandait le pont qui, passant sur une île, menait du pays de Dôle à celui de Montbéliard. Le château avait une grosse tour ronde et trois tours carrées. Quelques vestiges, fossés, etc …, existent encore;

on le nommait le château de la Tour de l’Ile.

A partir de 1300, l’on ne trouve plus aucune mention des Sires de Vregille. Vers le début du XIVe siècle, le château devint la propriété de la famille de l’Isle. Les guerres, les invasions de cette époque furent funestes aux villages de Vregille, de Sauvagney, de Chambornay, qui ne se repeuplèrent que lentement. La famille de l’Isle se transporta ailleurs.

A la fin du XIVe siècle, Vregille relève des seigneurs de Moncley, lesquels disparaissent vers 1566.

Les La Tour Saint-Quentin, d’une illustre famille, leur succèdent, Louise de Remilly, la dernière des Moncley, ayant vendu sa seigneurie à Etienne de La Tour. Son fils eut l’idée d’installer sur l’Ognon une écluse pour actionner « forges et fourneaux« , afin de traiter les minerais du Nord de la Haute Saône. Mais les affaires allèrent mal; les créanciers intervinrent et, en 1660, les seigneurs de Moncley durent vendre une grande partie des domaines.

Ces domaines étaient dans un pitoyable état, à la suite des pillages des routiers, des soldats de Saxe-Weimar. Ils furent acquis, les terres de « Vurgille«  en particulier, par le Baron de Blisterswick, apparenté aux seigneurs de Moncley. Ce ne fut pas pour longtemps. Les Blisterswick, qui avaient déjà vendu en 1683 la seigneurie de Boulot pour payer leurs dettes, durent laisser vendre également le domaine de Vregille. Le 17 avril 1700, il fut acquis par Claude-Alexandre Courlet qui reprit le fief avec droits de haute, moyenne et basse justice, et attribua la seigneurie à son fils Alexandre-François.

Du temps même de la famille de La Tour Saint-Quentin, il existait, dans le village même de Vregille, une maison dite « La Régale« , où le seigneur qui n’habitait pas exerçait la justice par ses officiers et percevait le « droit de Régale« . Bien qu’ayant subi un incendie et diverses transformations, ce bâtiment existe encore et sert d’écurie et de remise. La cour de la « Régale » était fermée au nord par un grand bâtiment de ferme qui existe toujours; au midi par une construction voûtée s’appuyant sur la tour de la chapelle; au levant par un mur élevé. C’est sur l’angle est de ce mur que Louis de La Tour fit construire, vers 1570, un logis à l’espagnole, avec une tour carrée. Devant cette tour, des fossés « saut de loup » formaient protection, se continuant par un canal qui aboutissait, près d’un vivier, à une petite tour ronde servant de guet, dont il ne reste que la base, dite le « fer à cheval« . Une source renommée, dite « Font bénit« , sortait de terre au pied d’un énorme chêne, et l’on venait de loin pour y puiser. François-Désiré l’a fait protéger par un kiosque voûté.

C’est en 1713, que Alexandre-François de Vregille fit construire le château actuel, dans le style Louis XIV, simple et pur de lignes. C’est à l’achèvement des travaux, en 1730, qu’il fit sculpter sur la porte d’entrée les deux écussons accolés des Vregille et des Longeville, écussons qui furent martelés par un délégué du Comité révolutionnaire de Gy.

Un peu plus tard, François-Désiré transforma en jardins à la française les vergers avoisinant le château, dont il modifia aussi la disposition intérieure. En 1820, les vieux bâtiments fermant la cour au sud furent démolis, et la tour de la chapelle resta isolée.[[François-Désiré prévoyait-il les mauvais jours de la Révolution? Toujours est-il qu’il avait fait aménager, au premier étage, une cachette, aujourd’hui supprimée, dans laquelle un prêtre put dire la messe pendant longtemps, pour les habitants prévenus en secret, sans avoir jamais été dénoncé.]]

Mansuit transforma le jardin à la française en parc anglais, tel qu’il est encore aujourd’hui, et agrandit les dépendances. Son fils Auguste augmenta le parc au moyen de nouvelles acquisitions, fit bâtir l’aile de la bibliothèque suivant le plan d’Alexandre-François, et fit diverses améliorations.

A partir de 1906, Albert de Vregille entreprit des réparations qui s’imposaient : réfection de la charpente, démolition et reconstruction partielles de la tour carrée de l’angle nord, aménagement d’un bâtiment annexe au nord-est, remise en état de la chapelle du château, addiction d’eau, installation de l’électricité.

La chapelle du château, avec son caveau funéraire, semble dater de 1500 environ. La grille qui ferme le choeur, avec les initiales entrelacées C.V. (Vregille, Crespy) date de François-Désiré.
Tout autour de l’autel, des écussons rappellent les principales alliances. Par autorisation épiscopale, la messe peut-être célébrée toute l’année, sauf pour les quatre grandes fêtes.

Anciennement, les seigneurs de Vregille suivaient les exercices du culte dans l’église de Chambornay, où ils avaient leur banc seigneurial, lequel fut jeté à la rivière en 1793 par quelques jeunes gens excités.

En 1725, Alexandre-François construisit à Vregille une église, avec l’autorisation de l’Ordinaire; l’entrée était au midi, avec pignon pour la cloche. Le culte fut abandonné durant la Révolution. En 1802, la municipalité jugea bon de faire mettre le choeur au midi et le clocher au nord, au dessus de l’entrée.
En 1847, l’église qui, au début, dépendait de Chambornay, fut longtemps desservie, suivant les possibilités, par les curés de Pin. Depuis 1906, par autorisation de l’Archevêché, le service est fait régulièrement par le clergé de Pin, réserve faite des premières communions et des mariages.

Quelques lignes pour finir sur le Moulin de Poussot, lequel pendant longtemps défraya la chronique judiciaire. Ce moulin, l’un des plus anciens du pays, et des plus importants, est déjà mentionné en 1217. Il était alors alimenté par trois étangs, un ruisseau et plusieurs sources, et était exploité par les moines de l’Abbaye voisine de Fontenelay. Il releva ensuite de la seigneurie de Moncley, mais fut vendu en 1690, par les Blisterswick endettés, à Alexandre seigneur de Vregille et Boulot, et transmis en héritage, avec la seigneurie de Vregille, à son fils Alexandre-François.

Un nommé François Belot, de Moncley, qui avait déjà acquis le château de Moncley, essaya, avec la procuration de Mme de Vaudrey, née Blisterswick, de faire annuler la vente. Il n’y put réussir, et le moulin resta à ses propriétaires. Le château de Moncley passa également aux mains des Terrier-Santans.